Petit Événement Bucolique 2018

Lors du dernier weekend de septembre, Rouen accueille des artistes, comédiens, marionnettistes, musiciens, etc. Chacun vient avec ses projets de création, ses spectacles inachevés ou son nouveau répertoire; le public est le bienvenu pour assister à ces expérimentations. Tout cela en plein air, sous les arbres.

A l’instar des deux années précédentes [2017], j’ai eu le plaisir de créer l’affiche du Petit Événement Bucolique, version 2018. Une fois encore, Hélène Rousselle et Eric Banse m’ont laissé carte blanche. Car après tout, l’affiche est considérée par eux comme un élément du « Petit événement » lui-même: j’expérimente, j’essaie de nouvelles choses, et… advienne que pourra!

Cette année, j’ai eu envie de raconter une histoire. Celle d’une maison de campagne dans laquelle s’est installée, pour quelques jours, toute la bande de comédiens et d’artistes. Ils ont « débarqué » au sens propre dans le salon. Rouen est une ville portuaire: au pied de l’escalier, la barque est encore amarrée au ponton. Bagages, matériel, instruments de musique et livres ont envahi le rez-de-chaussée. A l’étage, le bureau a été transformé en loge.

Avant d’en arriver là, j’ai construit grossièrement le carton qui allait me servir de base. Je le voulais un peu fragile, un peu de travers, de manière à conserver un effet un peu « bricolé ». Car c’est là tout ce que je voulais faire: bricoler. Découper, coller, agrafer, peindre, trouver des solutions. Si j’évitais l’écueil du trompe-l’œil, si je préférais m’amuser plutôt que d’être obsédé par la précision du travail, mon image finale évoquerait davantage le plaisir de la création qu’une l’exigence de la miniature. Car l’objet final, il ne faut pas l’oublier, n’est pas une maquette de 50 cm de haut, mais bien un visuel d’affiche. J’avais champ libre et ne comptait que deux obligations: réserver une zone verticale, sombre, où le plus gros du texte trouverait sa place. Cet espace est défini principalement par l’escalier en colimaçon. A peine ce travail commencé, je comprends que des journées entières de travail disparaitront derrière du texte.
D’autre part, il était essentiel d’aménager une grande ouverture au fond, car c’est là, à l’extérieur, que tout se passera. Dans le jardin.

Un parquet en bois ciré, un piano en carton plume. Boites, bouchons et pailles pour la machinerie de théâtre dissimulée par l’escalier – en bois et métal. Sur l’image finale, on ne verra pas le papier peint, posé lé par lé. Le métronome non plus ne se verra pas. Et les masques, le long de la corniche? La rampe d’escalier, entièrement refaite… Non plus. Peu importe.

Sur la photo ci-dessus, on est encore loin du compte. La verrière va être agrandie, un puits de lumière sera percé au dessus de l’escalier et une quantité phénoménale d’objets vont trouver leur place. Un coucou suisse, une troisième marionnette à fils, des perruques et leur support,… et puis la véranda, qui ne me convient pas, va être refaite. Lustre, cadres, balles de jonglage, vannerie, tout est fait maison – hormis la porte-fenêtre et la guitare à venir. Trop haut, le petit fauteuil rose connaitra plusieurs versions avant sa forme définitive. La table de la salle à manger sera modifiée, de même que le garde-fou… Le lustre et le paravent également. La plupart des choses seront d’ailleurs refaites. Le petit bureau connaitra trois façades différentes. Les deux chaises de jardin, achetées sur Internet, n’ont rien à faire ici. Je fabriquerai les miennes.

 


Ci-dessus, en bas à droite de l’image, on devine les masques.
Verrière en bois et plastique. Vannerie en ficelle et fil de fer.
Ci-dessous, chaise en bois et carton.

 

Combien de détails ont disparu, noyés dans la masse, dissimulés par d’autres objets, ou dès le départ condamnés à passer sous le texte ? Qui remarquera les magazines, la tasse et sa cuillère, posés sur le  piano ? Les affiches, le perron, le buste, la frise au dessus de la porte ? Peu importe que la moitié du décor cache l’autre moitié: si les éléments n’étaient pas là, cela « se sentirait ».

 

L’œil de bœuf a été refait. Une guirlande d’ampoules, une ancre, un cerf-volant, un mobile,… et le métronome, au bout du piano, posé sur une partition. La bande horizontale définie par la mezzanine a été refaite cent fois. En ferronnerie, en poutres croisées, elle prenait toujours trop d’importance et barrait l’image. Finalement, elle reprend le dégradé bleu/jaune qui caractérise l’ensemble de la maison. L’enseigne, qui sert de titre à l’affiche, a été découpée lettre par lettre dans du carton plume. Le « néon » pour 2018 est composé d’un fil d’aluminium bleu dans un tube en plastique souple. Une seule guirlande de leds circule derrière le carton pour éclairer le miroir de la coiffeuse, la lampe du piano, la lanterne sur le perron et la « bougie » derrière la barque.

Maintenant, vous n’avez plus qu’à réserver le dernier weekend de septembre, ils vous attendent.

Et maintenant, si vous souhaitez zoomer sur les détails, déplacez votre curseur sur l’image ci-dessous.
Si la loupe n’apparait pas, presser la touche F5 sur votre clavier.

 

 

C’était l’été

L’été aura été rythmé par quelques parutions. Ci-dessous, un récap’ particulièrement bref !

Paris, encore et toujours
A retenir, une grande carte de Paris en 1870 pour Beaux-Arts/ Le Parisien.
Les carrières, les fortifs, Bercy… Les principaux grands axes sont en place et le Louvre est encore « complet » -plus pour très longtemps.

Kaysersberg
« Le Village préféré des Français » 2017 (France 2) a eu le droit à son timbre et à son cachet Premier jour.
Le choix a été fait d’un traité un peu naïf et pittoresque, l’alignement de façades colorées se prêtant également au format horizontal.
Premier jour : mercredi 20 juin 2018 – Vente générale : 21 juin 2018
Valeur faciale : 0,80 € – 60×25 mm – Héliogravure,  900 000 exemplaires

 

Les premiers européens
Pour les Cahiers de Science et Vie (n° 178, juin 2018) pas mal de cartes et de graphiques pour quelques deux millions d’années d’histoire…

Âmes sauvages

Carte des pays baltes pour Beaux-Arts / Musée d’Orsay
Exposition « Âmes sauvages. Le symbolisme dans les pays baltes »

Âmes sauvages. Le symbolisme dans les pays baltes
Du 10 avril au 15 juillet 2018
Musée d’Orsay
Plus d’infos sur l’exposition

Le Paris de Delacroix

 

Difficile de passer à côté : du 29 mars au 23 juillet, le Louvre présente 180 œuvres d’Eugène Delacroix venues du monde entier. Des concerts, des conférences et des ateliers sont proposés en marge de l’événement.

C’est à cette occasion que j’ai eu le plaisir de réaliser une large «vue d’oiseau» du Paris de Delacroix en 1850.

En dépit de ses allures de crayonné, c’est un travail qui exige une grande précision : dans ce Paris pré-haussmannien, certains aménagements ont déjà commencé. La ville de 1850 n’est déjà plus celle de 1848, et Haussmann n’entrera réellement en scène que deux ans plus tard.

 

 

Mars au Sénégal

Dakar, Ziguinchor, Saint-Louis, l’Île de Gorée… ça vous tente ? Avec Le Parisien Week-End, c’est au Sénégal que je vous propose d’aller prendre l’air.

Une page d’ouverture et quatre illustrations sur papier kraft. Le choix de ce fond puissant a paradoxalement permis d’obtenir une lumière douce, un peu irréelle et poétique.

Les couleurs chaudes et lumineuses claquent davantage, et l’ensemble conserve un aspect brut, généreux et spontané.

Du Mississippi à Suez

Les Cahiers de Science & Vie consacrent un numéro passionnant sur les Civilisations disparues. Pour ma part, il s’est agi de reconstituer les cités de Cahokia (Mississippi) et d’Arkaïm (Oural).

Cartographie illustrée également pour Guerres & Histoire, numéro aussi riche et documenté qu’à son habitude.
Cartes enfin dans L’épopée du canal de Suez, hors-série de Beaux-Arts Éditions, à l’occasion de l’exposition présentée à l’Institut du monde arabe.

Un écureuil pour signature

Création du timbre « 1818-2018 Bicentenaire des Caisses d’Épargne »

PREMIER JOUR
Jeudi 22 mars 2018
Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme)
9h00-18h00
Siège de la Caisse d’Épargne d’Auvergne et du Limousin
63 rue Montlosier.
Paris
10h00-18h00
Carré d’Encre
13bis rue des Mathurins, IXe.

Vente générale : à partir du 23 mars 2018 dans la plupart des bureaux de poste, au Carré d’Encre, par correspondance à Phil@poste, service clients et sur www.laposte.fr/boutique.

Infos techniques :
Création
: Stéphane Humbert-Basset
Impression : héliogravure – Couleurs : quadrichromie
Format : vertical 30 x 40,85 – Présentation : 42 timbres à la feuille
Valeur faciale : 0,95 euros – Tirage : 900 000 exemplaires

Le cachet de la poste faisant foi

Le cachet postal, dont le nom très officiel est « timbre à date », est l’exercice qui vient habituellement conclure la création d’un timbre. Le grand public y prête peut-être encore moins attention qu’aux timbres eux-mêmes, mais sa création fait pourtant l’objet de tous les soins.

Pour son Premier Jour, le timbre a le droit à un coup de tampon spécial, celui-la même créé pour l’événement.

Aujourd’hui, honneur à quelques timbres à date réalisés ces dernières années. Mes préférés ? L’ambigramme Mâcon-Magie (le mot Magie se lit en retournant le cachet), le très classique Amsterdam et le tout récent Pèse-lettres et balances postales.

Je travaille ces temps-ci sur quelques illustrations qui réclament tout mon temps. Dès leur publication, je ferai un point précis sur tout cela.

VŒUX !

© Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique

Tout commence le dimanche 19 mai 1968, à l’issue d’une réunion interministérielle. Une journaliste interroge Georges Pompidou sur le perron de l’Élysée:
«Monsieur le Premier ministre, le président de la République s’adressera-t-il aujourd’hui à la nation?
— Je ne pense pas, n’est-ce pas, mais si je puis vous résumer l’opinion du président de la République, c’est ‹la réforme oui, la chienlit non.›» [ina.fr]

La chienlit

La chienlit désignait autrefois les excès et la débauche d’un cortège de Carnaval et, d’une façon générale, une mascarade obscène. Dans l’atelier de sérigraphie de «l’Atelier populaire de l’ex-école des Beaux-arts», peu importe si l’emploi de ce mot est incertain (c’est au masculin que chienlit [+] aurait pu qualifier un personnage grotesque). Peu importe également que ce mot soit de De Gaulle ou de Pompidou, sa désuétude illustre parfaitement le fossé qui sépare le pouvoir de la jeunesse militante. L’interview retransmise à la radio va inspirer le jour même une des affiches les plus magistrales de l’époque.

Dans l’atelier, l’anonymat des auteurs est une règle fondamentale. Aucune création n’est signée: les projets sont épinglés sur une corde à linge, et même si l’on peut reconnaitre le style de certains artistes ou étudiants, le choix des affiches à reproduire respecte l’anonymat.

1 et 2: Discours du 4 octobre 1958 (ina.fr) / 3: L’Atelier populaire de l’ex-école des Beaux-Arts (© M. Riboud)

C’est lui !

La puissance de cette affiche ne tient pas seulement à la caricature que l’on reconnait aujourd’hui. Il fallait couper le personnage à la taille pour que ce geste historique en V (associé au mot Victoire et à la Résistance, au discours du 4 octobre 1958 [+] et à la Ve république) ne soit soudainement réduit qu’aux bras raides d’un Guignol de jardin public.
À l’instar de beaucoup de créations de l’atelier [+], la violence des discours politiques se teinte d’une verve propre aux Beaux-arts.«C’est lui!» est d’abord une réponse spontanée et truculente à une insulte vieille France. Toi-même!… A des années lumière du tract militant traditionnel, c’est presque un mot d’enfant adressé à un homme de 78 ans. D’autre part, composé d’un unique aplat en sérigraphie, le visuel supportera tous les défauts d’impression, les changements de couleur ou de papier sans en souffrir. Cette œuvre, toujours aussi irrespectueuse et drôle, rivalise sans conteste avec les grands affichistes du XXe siècle [+].

Bonne année !

Tout en lui rendant hommage par un détournement de saison, mes vœux professionnels saluent la simplicité (apparente), l’humour et la force graphique de cette affiche qui, cinquante ans plus tard, sont intactes.

Enfin, puisque moi aussi je suis né en 1968, permettez-moi de souhaiter à chacun de vous toute la créativité, la fougue et la spontanéité essentielles à cette nouvelle année.

Merci à Jean Hil [+], l’auteur de l’affiche originale, de m’en avoir gentiment autorisé le détournement.


On Sunday 19 May 1968, after an inter-ministerial meeting, a journalist asked Georges Pompidou:
« Mr. Prime Minister, will the President of the Republic address the nation today?
— I don’t think so, actually, but if I may sum up the opinion of the President of the Republic : ‘reform yes, messiness no’. » (« La réforme oui, la chienlit non ») [ina.fr]
La chienlit…
In french, the word chienlit is very outdated. It once referred to the excesses and debauchery of a Carnival procession and, broadly speaking, to an obscene masquerade. In the « Atelier populaire de l’ex-école des Beaux-arts », it perfectly pointed out the huge gap between the government and the militant youth. No matter who said it (De Gaulle or Pompidou), this word inspired one of the most masterful 1968 french posters.
…C’est lui !
Of course we still easily recognize the caricature. But the strengh of this poster mainly lies in the choice to sever the character. Without legs, what’s  left of the historical sign in V (related to the word Victory, to Resistance, the speech of October 1958 [+] and the Fifth Republic) ? Nothing but the rigid arms of a puppet. The spirit of the École des Beaux-Arts defuse the violence of political discourse [+]. « It’s him! » is first and foremost a spontaneous and childish response to a 78-year-old man. This is a far cry from the traditional activist leaflet. Furthermore, the visual is strong enough to withstand all printing defects, color variations and papers changes.
Happy New Year!
While paying homage to this poster, my professional greetings salute its (apparent) simplicity, its humor and graphic strength. Fifty years later, this work rivals the great poster artists of the 20th century [+].

Finally, since I too was born in 1968, I wish you creativity, enthusiasm and spontaneity for 2018.

Thanks to Jean Hil [+], the author of the original poster, for kindly authorizing me to hijack it !

Le mercato des Champs-Élysées

(5 décembre 2017)

Dans les pages Économie de l’Express de ce début décembre, un point sur le chassé-croisé des enseignes sur les Champs-Élysées.
Comment rendre lisible toute la perspective, au point que même les immeubles les plus éloignés restent identifiables ? Parce qu’en « vrai », ça ne marche pas. L’illustration, finalement, c’est l’art de s’arranger avec la réalité…