Attendez que le vernis tombe

Vous attendez quelque chose ?

Un peintre obstiné, un Watteau baladeur, une critique d’art hors de contrôle, un curé bien décidé à sauver une fresque, une maison d’édition au bord du gouffre ou une sculptrice prête à tout pour échapper à la notoriété… Dans le monde de la culture et de la création, quand le vernis tombe, la réalité est souvent haute en couleur.

On aime à raconter que les artistes sont des êtres à part, tourmentés et sincères, soutenus par des galeristes aux petits soins, et que l’art lui-même n’est qu’une question de liberté.

N’en croyez rien. Sous le vernis se cachent les histoires rocambolesques de celles et ceux qui croient dur comme fer à la création et qui lui sacrifient tout. Il y a aussi l’humour, les désirs, les illusions et les doutes de tous ceux qui cher­chent seulement à en vivre. Parfois même, il y a une œuvre. Et avec elle, quelque chose de fondamental : notre rapport à l’art.

Une œuvre finit toujours par se confronter à la vie quotidienne comme une théorie à l’épreuve des faits.

Ce télescopage de l’art et de la familiarité m’est cher. C’est de lui qu’est né Attendez que le vernis tombe, dans lequel Watteau cohabite avec le café lyophilisé, le baroque italien avec le cul du régisseur, et l’infini courage des uns avec les petites lâchetés des autres.

Je crois que les conversations de bistrots, les reproductions à deux sous, les émotions ou l’ironie agissent comme un révélateur de notre rapport à la création. La création artistique apparait pour ce qu’elle est, une affaire de désirs, de convictions et de malentendus. L’art supporte très bien la plaisanterie. Il a connu pire.


« Certains parlent d’art à voix basse, l’air grave,
alors qu’on peut tout à fait en bavarder nus,
un peu pompettes et allongés dans l’herbe. »



Stéphane Humbert-Basset
ATTENDEZ QUE LE VERNIS TOMBE
Éditions du Palio


Baumann, Heinz - ETH Library Zurich, Image Archive


« Seule une passion sincère autorise autant d’impertinence
- et les plus belles histoires d’amour sont toujours insolentes. »


Avez-vous l’œil assez mal tourné ?

Dix questions pour explorer votre rapport à l’art.

Question 1 sur 10


« Être libre, pour un artiste,
ce n’est pas un privilège de corporation, c’est un combat permanent. »


En marge du livre
Un manifeste à l'usage de toutes les personnes que l’art intrigue, réjouit, console, agace ou passionne. 

MANIFESTE I. Nous, les curieux, les visiteurs, les badauds et les touristes, nous qui faisons la queue, payons nos entrées et lisons les cartels (même les longs), nous qui n'osons pas entrer dans une galerie, nous les amateurs et mateuses d’art de tout poil, déclarons qu’aimer les œuvres d’art n’oblige personne à s’agenouiller devant elles, et encore moins à se taire.

Lire le manifeste Refermer le manifeste

II. Nous voulons regarder librement, apprendre sans honte et nous laisser surprendre. Et si quelqu’un nous demande ce que nous pensons d'une œuvre, nous essaierons de répondre honnêtement. Et si nous ne trouvons rien à dire, nous le dirons tout aussi honnêtement.

III. Nous contestons que notre difficulté à comprendre une œuvre soit systématiquement une preuve de sa grandeur. Un coffre-fort est difficile à ouvrir. Cela ne suffit pas à en faire une œuvre d’art.

IV. Nous contestons que notre difficulté à comprendre une œuvre soit systématiquement associée à notre niveau. L’hypothèse de notre infériorité intellectuelle n’est pas la seule explication disponible.

V. Nous écoutons les spécialistes, mais nous revendiquons le droit de ne rien comprendre à une œuvre et de la trouver belle quand même. Nous revendiquons le droit de comprendre parfaitement une œuvre et de la trouver absolument nulle.

VI. Nous respectons les spécialistes, mais nous demandons que l’art contemporain cesse d’être présenté comme une compétition dont les épreuves seraient le jargon, l’intimidation et la vanité.

VII. Nous ne revendiquons pas le droit de ne rien savoir. Mais nous voulons qu’on nous explique les choses sans nous regarder comme si nous venions de demander si Picasso avait peint la Joconde.

VIII. Aucune œuvre ne doit être placée si haut qu’on ne puisse plus la regarder sans grimper sur des piles de catalogues et d'essais. Nous venons voir de l’art. Pas vérifier si nous sommes à la hauteur.

IX. Nous acceptons que l’art nous attriste, nous bouleverse ou nous mette de mauvaise humeur. Nous sommes adultes. Enfin, la plupart du temps. Mais nous refusons l’idée qu’une œuvre doive nécessairement nous désespérer. Nous ne demandons pas à l’art de vérifier que nous avons bien compris la gravité de la situation.

X. Nous refusons qu'en art la joie soit un sentiment naïf, le bonheur kitsch et le plaisir vulgaire. Nous voulons que l’art nous donne aussi de l’espoir, de l’amour et l’envie de sortir de chez nous. En tous cas, nous ne lui reprocherons jamais d’avoir choisi cette seconde option.

Octobre 2026 - Tous droits réservés.


Baumann, Heinz - ETH Library Zurich, Image Archive

 

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Parution : 28 octobre 2026.
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Attendez que le vernis tombe
Stéphane Humbert-Basset
Parution : 28 octobre 2026 - Prix TTC : 17 €
Format : 127 × 203 mm, 162 pages
ISBN : 978-2-35449-189-5
Éditions du Palio

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Je regrette rarement l'achat d'un livre. Je regrette souvent de ne pas l'avoir acheté en deux exemplaires. Un livre qu'on aime possède cette vertu : on peut le garder pour soi et l'offrir quand même. Je crois que les auteurs vivent de ce paradoxe.